Le travail du courage

Code Stage : PSY201

Equivalence UE

Responsable

Publics et conditions d'accès

Une formation théorique de base (niveau master 1) dans le champ des sciences humaines ou de la santé est requise pour suivre cet enseignement.
 
 

Objectifs

Description :
Cet enseignement constitue l’un des modules du Certificat de spécialisation en philosophie sociale du travail, tout en pouvant être suivi en qualité d’UE optionnelle proposée par certains masters, au sein de l'Equipe Pédagogique National (EPN) "Travail" (13). Un corpus de textes philosophiques s'y trouve mis en discussion avec des travaux contemporains issus des champs de la clinique du travail, des sciences humaines et de l'analyse politique. Cette confrontation de points de vue a pour objet la mise en évidence de la réalité du courage comme travail de vie et de pensée inscrit dans le quotidien. D'où la déconstruction des représentations contemporaines du courage valorisées au sein des nouvelles organisations du travail et de la société de la compétitivité.
Contact : eric.hamraoui@lecnam.net

Programme

L’intitulé du cours renvoie aussi bien à la définition du courage mobilisable dans chaque situation de travail qu’à celle de son dynamisme interne et de sa mise à l’épreuve permanente. Le courage ne saurait, en effet, relever d’un acquis ou d’une compétence certifiée. Il est tout autant génie de la persévérance qu’art des commencements (Jankélévitch, 1983). Originellement défini comme contradiction dynamique entre ardeur et mesure, principe d’unification des éléments épars d’un bouillonnement affectif, en tant que thumos, le courage est toujours enfant d’une situation Jamais absolu, il demeure pourtant une vertu faisant l’objet des plus hautes attentes et exigences. Cela non sans nourrir quelques fantasmes moraux et politiques. Or, le courage ne peut pas tout. Il est lui aussi vulnérable. Et ce, aujourd’hui, pour au moins trois raisons : l’impensé androsexué de sa conception (Hamraoui, 2002) – en tant qu’instrument symbolique de la domination masculine ; sa difficulté, dans le contexte de la mise en œuvre de « politiques de l’inimitié » (Mbembe, 2016), à s’affirmer comme alliance de la fermeté d’âme et de la générosité (Spinoza, [1677] 1993) conditionnant la possibilité d’une politique de l’amitié ou démocratie ; enfin, le court-termisme qui l’empêche de se muer en imagination d’un avenir commun pour l’humanité. A ces raisons contrariant le travail de sensibilité en lequel consiste le courage – ce qui l’oppose au travail d’insensibilisation lié à la mise en œuvre de stratégies de défense (Dejours, 1998 ; Tillich [1952] 1999), ou encore, à la lâcheté – s’ajoute l’effet inhibant de l’action de trois autres facteurs. Tout d’abord celui de l’engagement des sujets au travail dans une quête d’infini (celle de l’atteinte d’objectifs de production humainement inaccessibles) ou d’idéal (Dujarier, 2006) faisant d’eux des sujets psychiquement « endettés » (Lazzarato, 2011) ; celui de la « brutalité rationnelle » (Sassen, [2014] 2016) des rapports sociaux actuels, combinée à la logique d’« accélération » (Rosa, 2011, 2013) des rythmes de vie et de la transformation de la subjectivité en « espace de compétition et de concurrence » (Dardot & Laval, 2009, 2010). D’où l’abrutissement et la tenue en échec du sujet, jugé coupable de n’en faire jamais assez, irrémédiablement lent et vulnérable – avec l’usage de la métaphore mécaniste d’une insuffisante « résilience ». Comment dès lors concevoir la manifestation du courage et du désir même de l’expérience de celui-ci, compris comme puissance de vie ? Puissance échappant au piège du besoin de reconnaissance : « Celui qui fait un acte de courage, disait, en effet, Plotin, n’a pas conscience qu’il agit en conformité avec la vertu de courage, au moment où il accomplit son acte » (v. Hadot, 1997).
Repères bibliographiques :
 
- Dardot, P. & Laval, C. (2009, 2010). La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale. Paris : Editions La Découverte.
- Dejours, C. (1998). Souffrance en France. Paris : Editions du Seuil.
- Dujarier, M.-A. (2006). L’idéal au travail. Paris : PUF.
- Hadot, P. (1997). Plotin ou la simplicité du regard. Paris : Editions Gallimard (coll. « Folio »).
- Hamraoui, E. (2002). Les courages : variantes d’un processus d’androsexuation de la vertu. Travailler, 7. Editions Martin Media, p. 167-188.
- Lazzarato, M. (2011). La fabrique de l’homme endetté. Essai sur la condition néolibérale. Paris : Editions Amsterdam.
- Mbembe, A. (2016). Politiques de l’inimitié. Paris : Editions La Découverte.
- Platon (1972). Lachès. In Œuvres complètes, tome II. Texte établi et traduit par Alfred Croiset. Paris : Société d’Edition « Les Belles Lettres ».
- Plotin (1924-1938). Ennéades, édition d’E. Bréhier. Paris : Editions Les Belles Lettres.
- Sassen, S. ([2014] 2016). Expulsions. Brutalité et complexité dans l’économie globale, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Guglielmina. Paris : Editions Gallimard (coll. « Essais »).
- Spinoza, B. ([1677] 1993). L’Ethique, traduit du latin par Armand Guérinot. Paris : Editions Ivréa.
- Tillich, P. ([1952] 1999). Le courage d'être, traduit de l’anglais (Canada) par J.-P. Le May. Paris : Les Editions du Cerf.

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